...AU LIEU...

ANGÈLE VERRET

...AU LIEU...

5 septembre 2003 au 11 octobre 2003

Avec Image Contact, Angèle Verret renouvelle dans la petite salle de la Galerie B-312 l’expérience déjà tentée à Montréal au Centre des Arts Contemporains du Québec à Montréal en 2000-2001. Cette expérience consistait à créer une œuvre in situ selon un procédé déjà éprouvé en atelier. Angèle Verret peint certains de ses tableaux en laissant interagir la fluidité du liant chargé de pigments avec les moindres écarts de surface d’une toile préparée placée à l’horizontale. Cette opération est répétée jusqu’à ce que l’artiste juge le résultat suffisamment troublant pour nous l’adresser. Dans le cas d’Image Contact, le procédé est appliqué à même le plancher. Les moindres accidents du sol et les grands axes de dénivellation apparaissent sous la forme d’un trompe-l’œil d’un réseau de craquelures qui donne à l’ensemble l’aspect d’une photographie stéréoscopique destinée à un relevé planimétrique. Mais de légers reflets de couleur nous ramènent à la réalité.—Sur les raisons qui la mobilisent à procéder ainsi, Angèle Verret est on ne peut plus claire : « Il ne s’agit pas ici d’élucider quoi que ce soit, mais bien de […] se donner les moyens de constater qu’il y a effectivement matière à question dans notre manière de vivre nos rapports au réel, à ce que nous croyons qu’il est, à ce que nous voulons qu’il soit et à ce que nous trouvons indispensable d’y voir. »—Ainsi, l’œuvre d’Angèle Verret se présente un peu comme une maxime qui nous est adressée, et dont nous découvrons la teneur au fil de l’expérience, non pas tant de l’image, mais du trouble dans lequel cette image ne manque pas de plonger le regard que nous portons sur elle. Or ce trouble, à quoi tient-il ?—Si devant les tableaux de l’artiste il est possible d’éviter de faire l’épreuve d’un tel trouble en s’interrogeant sur les moyens qui ont permis à l’artiste d’obtenir les images inouïes que nous lui connaissons, cet échappatoire n’est plus possible devant les œuvres in situ. Car il suffit d’être un tant soit peu attentif aux marques dans le plancher qui dépassent le bord de l’image pour comprendre immédiatement comment cette image a été obtenue. Dès lors, chaque plissure de peinture, qui se cache derrière le semblant d’un extraordinaire trompe-l’œil, cesse de transparaître sous le trait d’une illusion peinte pour s’imposer au contraire comme un mode de dévoilement des moindres dépressions et éminences du plancher.—Or, le plancher ainsi peint, ses aspérités n’en sont pas pour autant plus visibles ; elles restent invisibles tout en se trouvant dévoilées, trahies par les plis de peinture. Image Contact est en quelque sorte le travail on ne peut plus rigoureux d’un dévoilement de l’invisible, si l’on veut bien prendre la notion de dévoilement dans le sens le plus philosophique qui soit, c’est-à-dire dans un sens qui est issu d’une expérience du dévoilé comme d’une expérience de ce qui a toujours été là, n’ayant jamais été caché, mais ayant été ignoré du seul fait d’un aveuglement délibéré.—Expérience faite d’Image Contact, il serait vain d’opposer l’invisible au perceptible, mais il ne serait pas vain de s’interroger sur le voilement qu’une telle opposition ne cesse de produire chez ceux et celles pour qui, au-delà du perceptible, il n’y a rien.

—Jean-Émile Verdier