TOPOGRAPHIE DE LA COULEUR RÉSIDUELLE

AUDE MOREAU

TOPOGRAPHIE DE LA COULEUR RÉSIDUELLE

19 février 2004 au 20 mars 2004

La Galerie B-312 est heureuse d’accueillir dans sa grande salle Topographie de la couleur résiduelle de Aude Moreau. Cette intervention in situ clôt un projet d’inventaire des fonds de peinture que les Montréalais tiennent rangés dans les remises de leur maison. L'œuvre s'est déployée en deux grandes étapes.—L’artiste a d'abord commencé par faire connaître son projet auprès de la population montréalaise. Elle a pu récolter ainsi des lots de couleurs dans les foyers où son appel fut entendu. Elle a procédé ensuite à un échantillonnage très rigoureux : chaque lot a été consigné selon son lieu de prélèvement, selon les couleurs qui le composaient et selon le rapport des quantités de peinture qu’il restait dans les pots.  De plus, l’artiste a pris soin de noter les quelques informations qui y avaient été inscrites – le nom d’une pièce, celui d’une couleur, une date, un prénom.—Il s'agissait ensuite de transcrire toute cette information en galerie. Aude Moreau a alors imaginé l'enveloppe du volume de la grande salle comme le support d'une mise à plat de la carte de Montréal sur laquelle chaque lot récolté a préalablement été localisé. Murs, plancher, plafond, boiseries, toute surface susceptible d'être peinte a été recouverte d’une couleur que l’artiste a qualifiée d’« indivisible », et qu’elle obtint en mélangeant dans leur proportion toutes les couleurs récoltées. Cette immense surface monochrome devenait ainsi le support potentiel pour la représentation des couleurs que les Montréalais ont un jour ou l’autre choisies pour les murs de leur maison.—Associant les pratiques de l’art conceptuel, de l’installation et de l’art d’intervention, Topographie de la couleur résiduelle réfère aussi à la pensée scientifique. Aude Moreau a en effet appliqué à la lettre les conditions de production de la recherche scientifique dans la première étape du projet, et celles de la science du relevé topographique dans la seconde. Mais Aude Moreau s'est assujettie aux règles du travail scientifique en prenant soin de choisir comme objet d’investigation les expériences esthétiques anonymes, singulières, intimes dont les « peintures résiduelles » sont en quelque sorte les traces.—En adoptant une attitude scientifique, Aude Moreau insiste sur le soin qu’elle prend à ne pas juger les choix esthétiques individuels qu’elle répertorie. Mais au contraire d'une telle attitude, l’artiste traite chacun de ces choix pour sa singularité. Loin de niveler la subjectivité à un strict comportement, Aude Moreau semble au contraire lui rendre hommage en l’arrachant des griffes de l’indifférence et de l’oubli.

—Jean-Émile Verdier