LE CIRQUE

CHRISTIANE PATENAUDE

LE CIRQUE

8 janvier 2004 au 7 février 2004

La Galerie B-312 est très heureuse d’accueillir Le Cirque de Christiane Patenaude, une exposition qui réunit des sculptures et des dessins sous le thème du cirque.—La première partie de la grande salle de la galerie rassemble des objets dont la délicatesse et la sensibilité des formes, des matières et des textures éveilleront un sentiment à la fois très précis et innommable : l’étrange sensation de reconnaître dans les somptueuses grâces des rimes et des rythmes formels l’image fantôme de nos propres revers.—Ces objets monstrueusement beaux sont enchâssés par groupe de deux ou trois dans des faisceaux de lumière colorée qui tranchent dans la pénombre de la grande salle. Des cônes lumineux ouvrent des espaces scéniques, des pistes, où règne une troublante animation, car dans les faits, rien ne bouge, le temps y est suspendu, contracté, en tension. L’effet cataleptique de la lumière est d’autant plus prégnant qu’au lointain, dans la deuxième partie de la grande salle, l’artiste a conçu un monde de fluidité mobile. Les murs sont balayés par des jeux de lumières colorées habités par d’étranges motifs. Entre l’avant et l’arrière de la grande salle, la situation se sera inversée. Au lieu d’être fixées dans la lumière, les sculptures cette fois en produisent, et l’animent même. Ainsi, et par le seul maniement de la lumière, l’artiste aura d’ores et déjà agi sur le lieu de la galerie pour proposer un antagonisme où s’opposent un espace de tension et un autre qui se déploie tout en légèreté. —Aussi, une logique commence-t-elle déjà à s’imposer qui guidera sans doute le spectateur, au-delà de la seule référence au cirque, vers une saisie plus symbolisée de l’émoi. Cette logique, bien qu’elle ne puisse se formuler, est au comble de son expression dans les dessins que l’artiste expose dans la petite salle. Ils ont d’ailleurs une étrange ressemblance avec des notations musicales ou des phrases manuscrites dont la langue nous échapperait, à  moins de prêter une attention particulière au tracement. Le mouvement des lignes, son interruption et sa reprise, les ponctuations, les dépressions du geste ou son intensité, tout dans la marque et les délinéaments de la ligne se met à valoir pour une écriture de ce qui, dans la grande salle, se présente comme un travail sur la figuralibité de l’émoi.

—Jean-Émile Verdier