To be all things

DAVID NAYLOR

To be all things

  • Exposition
David Naylor To be all things

Originaire de la Saskatchewan, David Naylor est professeur à l’École des arts visuels de l’Université Laval, dont il fut le directeur de 1991 à 1995. Ses œuvres ont été présentées un peu partout au Québec, à Toronto et à Bruxelles. Parmi ses principales expositions, mentionnons A sense of Place, (1988), Sculptures tragiques (1989), Deux bateaux dans la nuit (1997), La nuit (1997), Malentendu (1998), L’origine du Mimosa (2001), Snow (2002), somewhere (2004) et Deux fois (2008). Le Musée national des beaux-arts du Québec et le Musée régional de Rimouski lui consacraient des expositions respectivement en 1981 et 1992. Il recevait en 1999 le Prix Videre Reconnaissance.

 

 

 

 

9 octobre 2009 au 7 novembre 2009

—VERNISSAGE VENDREDI 09 OCTOBRE 2009 À 17H

Dans To be all things, David Naylor rassemble des sculptures tirées d’un des corpus de son œuvre. David Naylor travaille en effet au moins à trois types d’œuvres : des dessins, des petites pièces qu’il expose au mur et des œuvres de plus grande dimension. To be all things réunit des œuvres de ce dernier lot, qui s’inscrivent dans la continuité des sculptures que David Naylor présentait chez Circa en 2004 sous le titre somewhere. Les formes des sculptures rappellent celles du mobilier de nos maisons, et pour cause puisque les sculptures sont réalisées à partir de fauteuils, divans, causeuses, canapés ou récamiers, dont l’artiste ne conserve que les structures, qui lui serviront en quelque sorte d’armature. Pour réaliser de telles œuvres, David Naylor enveloppe au plus près ces structures au moyen de planches de contreplaqué taillées et assemblées pour l’occasion. Et si les surfaces des œuvres paraissent subtilement texturées, c’est que le contreplaqué aura préalablement été recouvert d’une fine couche de plâtre plus ou moins chargé d’ocre. Une opération que l’artiste accomplit avant débitage des planches, sans aucune autre intention technique que l’application d’un mince film de plâtre rosacé. La construction de l’enveloppe de bois est elle aussi purement technique. Se produisent alors des rencontres inopinées entre des textures, entre des tonalités, entre des motifs involontairement dessinés soit par le dépôt de plâtre, soit par des alignements de nœuds dans le bois, ou encore par les traits de coupe dans les planches.—Ainsi, des motifs, formels, se défont aussi vite qu’ils se font au gré d’un regard mobile et scrutateur à la fois. Et ceci, parce que la contexture de la surface des œuvres fait de la construction de la forme, plus que de la forme elle-même, un champ de possibilité. Un champ de possibilité de figures, qui doivent leur existence au rythme des apparitions et des disparitions auxquelles elles sont soumises selon que le regard les perçoit ou les quitte pour continuer son parcours. Les sculptures deviennent alors des paysages, et le corps, un regard.—Je monte, descends, tourne, contourne, passe, traverse, m’arrête, admire, apprécie, évalue, repars ; et tout ceci, du regard, d’un regard informé cependant de ce que mon corps a connu des paysages, à savoir qu’il en dépend plus qu’il ne les contrôle.—Les œuvres m’assignent ainsi délicatement cette place depuis laquelle je suis conduit d’un objet à un paysage, d’un volume à la planéité d’une enveloppe, d’une matérialité triviale à des motifs éphémères. Conduit malgré moi, mais étant donné des circonstances. Celles d’une sagesse de l’artiste, d’une philosophie même, de s’être donné cet impératif de ne pas décider de la forme de l’œuvre, de la laisser plutôt être depuis la forme d’un meuble trouvé ; de ne pas décider non plus des effets de surface, de les laisser advenir ; de ne pas plus décider des zones saillantes qui se créent au gré du montage de l’œuvre, de les laisser le surprendre.—Dans To be all things, David Naylor donne à saisir les œuvres depuis ce lieu d’où il aura décidé de ne pas décider, et ceci, en vue de laisser être ce qu’il convient d’être. Et ce lieu, moi, le spectateur, j’en fais manifestement l’expérience. Alors, un dialogue philosophique peut commencer : qu’est-ce que décider ? qu’est-ce que ne pas décider ? qu’est-ce que laisser être ? qu’en est-il de ce qui convient d’être ? qu’en est-il du rôle des circonstances dans l’advenue de ce qui convient d’être ?—Faut-il s’étonner si de telles questions concernent éminemment le champ du politique ? 

—JEAN-ÉMILE VERDIER