Un peu plus loin devant

ÉVA CHATIGNY

Un peu plus loin devant

  • Exposition
Éva Chatigny Un peu plus loin devant

Éva Chatigny est née à Lévis. Après avoir complété une formation à la Maison des métiers d’art de Québec, elle poursuit des études à l’École des arts visuels de l’Université Laval et y termine une maîtrise en 2010. Elle a présenté des expositions individuelles à la Galerie Le 36 (2009, Québec) et à la Galerie Rouje (2007, Québec). En 2009, on a pu voir son travail lors d’expositions collectives à la Galerie Art Mûr (Montréal), à la Galerie Tzara (Québec) et au centre en art actuel  Le Lieu (Québec). Elle est récipiendaire de la Bourse René-Richard (2007 et 2009), de la Bourse Hydro-Québec (2008) et de la Bourse de l’Association des femmes diplômées des universités (2008).

19 novembre 2010 au 18 décembre 2010

—VERNISSAGE VENDREDI 19 NOVEMBRE 2010 À 17H

La Galerie B-312 est heureuse d'accueillir dans sa petite salle Un peu plus loin devant, la plus récente exposition d'Éva Chatigny. En raison de leur aspect, de leur disposition et de leur échelle, les objets s'apparentent à du mobilier ou à des maquettes. Toutefois, les matériaux employés – morceaux de bois et de contreplaqué, avec des interventions de plâtre ou de peinture – font allusion à une échelle plus grande, celle de l'architecture. Les oeuvres d'Éva Chatigny sont le fruit d'un processus créatif divisé en étapes définies. Tel un clin d'oeil à la figure de l'artiste-flâneur, l'artiste tire d'abord son inspiration de ses déplacements quotidiens dans la ville, la banlieue et la campagne. Ensuite, ces trajets sont documentés par la photographie, qui à son tour devient le point de départ de la création des objets. Cette démarche délibérée, au terme de plusieurs étapes, engendre paradoxalement des objets d'allure dépouillée.—Dans ce processus, les photos prises par Éva Chatigny sont dépourvues des indices usuels qui suggèrent l'expérience tridimensionnelle de l'espace, comme les angles et les points de fuite. Lorsqu'elle crée ses objets, l'artiste doit donc extrapoler mentalement le volume en se référant à son expérience corporelle de l'espace photographié. De fait, il peut être intéressant de tracer un parallèle entre la méthode de travail d'Éva Chatigny et le fonctionnement biologique de la perception. L'information captée par l'oeil et envoyée au cortex visuel est plane. Avant de rejoindre les lobes frontaux, qui jouent un rôle crucial dans la formation de la pensée, cette information est transformée, schématisée. Si cette transformation mentale permet d'appréhender l'espace dans son volume, elle engendre aussi une certaine simplification. Plutôt que de saisir tous les détails en leur accordant la même importance, les lobes frontaux priorisent l'information propre à guider nos déplacements. Ainsi, l'environnement est résumé à ses grandes lignes, auxquelles s'ajoutent quelques attributs suffisamment uniques pour devenir mémorables.—De cette manière, les créations d'Éva Chatigny révèlent les schémas architecturaux propres aux paysages urbains. La structure de bois incarne l'aspect macroscopique du paysage. Mis en relation les uns aux autres, les objets s'abordent comme autant de variations sur un même thème. Les ajouts de plâtre confèrent un aspect unique à chaque objet. Ces détails incarnent l'univers microscopique de la perception. Dans la mesure où l'interprétation de l'environnement et de ses traits distinctifs varie d'une personne à l'autre, Un peu plus loin devant s'envisage comme une excursion visuelle dans la façon de penser de l'artiste, mais aussi comme l'occasion de repenser à notre façon d'appréhender l'espace.

—MATHIEU MÉNARD