Made in China

JACKO RESTIKIAN

Made in China

  • Exposition
11 mai 2007 au 16 juin 2007

—VERNISSAGE VENDREDI 11 MAI 2007 À 19H

La Galerie B-312 a le plaisir de présenter dans sa petite salle Made in China, une installation de Jacko Restikian. Colonnes suspendues, dépourvues de base, fragiles ; stabilité précaire de ces structures qui ne soutiennent rien. Un mécanisme invisible agite doucement et de façon aléatoire telle ou telle colonne. En s’approchant de plus près, on verra que chacune de ces colonnes est construite avec des petites toiles blanches montées sur un châssis en bois de 20 x 25 cm.—Défaites de leur emballage, liées les unes aux autres pour former autre chose que ce à quoi elles étaient destinées, ces petites toiles agencées comme elles le sont peuvent évoquer des pans de l’histoire de la sculpture contemporaine, celle du minimalisme en particulier, du « specific object » tel qu’il fut conceptualisé par Judd. Comment ne pas référer aussi au passage de la peinture à la sculpture de Duchamp et à l’invention du ready-made ? Et à cette autre tranche d’histoire, de la peinture cette fois, celle du monochrome et de son croisement avec la quête infinie d’un « ready-made de peinture » ? Dans quelle mesure Made in China ne convoque-t-elle pas délibérément ce moment de la pratique de l’art si « made in USA » où « less is more » ?—Ces toiles qui ont servi de matière première à l’artiste sont fabriquées en Chine et ne coûtent qu’un dollar l’unité chez Dollarama. Jacko Restikian en fut intrigué. « Quelque chose ne va pas », s’est-il dit. L’objet en lui-même n’est pas mystérieux, son prix d’achat, si ; et le fait qu’il soit distribué dans des magasins à prix unique à côté de produits les plus divers est tout aussi mystérieux. Il y a là une outrance, quelque chose qui est de trop, et qui se manifeste sous la forme d’un « trop peu ». Difficile de ne pas penser ici à la ruse politico-économique de la globalisation des marchés au moyen de laquelle le « peu » du coût de la marchandise voile le « trop » d’une limite dépassée, au-delà de laquelle la dignité humaine devient un facteur négligeable, et où en terme de coût « less is still too much » et en terme de marchandise « more is not enough ». —Du coup, le tremblement qui traverse sporadiquement l’œuvre, n’est-ce pas nous qu’il devrait envahir ?

—JEAN-ÉMILE VERDIER et EMILIE RENAULD-ROY