À PROPOS DES ARTISTES

BREATHING

À PROPOS DES ARTISTES

COMMISSAIRE—YAN ZHOU

 

 

  • Exposition
© Yam Lau, Tai Chi... for a sick soul, 2019-2020 et Mireille Lavoie, Talc, 2018 | Photo : Guy L'Heureux

À PROPOS DU PROJET

LES ARTISTES
Jean-François Côté vit et travaille à Québec. Il détient une maîtrise en arts visuels ainsi qu’un doctorat en arts visuels et en histoire de l’art de l’Université Laval. À travers divers dispositifs installations, sa pratique explore de manière conceptuelle et poétique les notions relatives à l’image, au son, à la narrativité et au lieu. En 2009 et en 2010, il effectue une résidence de création au Red Gate International Residency à Beijing. Ses œuvres ont été présentées au Québec et à l’international au sein d’expositions individuelles, telles que Fumée et Brouillard (2018, La Bande Vidéo, Québec), A House, A Breath, A Landscape (2015, Today Art Museum, Bejiing) et Constructing the Image : The City - The Hardware - The Library - The Landscape (2009, Yuanfen New Media Art Gallery, Beijing).

Alexandre David vit et travaille à Montréal. Il détient un baccalauréat en arts visuels de l’Université Concordia et une maîtrise de la Slade School of Fine Art de Londres. Sa pratique conceptuelle et ses constructions immersives et exploratrices permettent aux visiteurs d’expérimenter un syncrétisme puissant entre sculpture et architecture. Alexandre David est représenté par la Parisian Laundry (Montréal). Son travail a été présenté au sein de diverses expositions individuelles telles que Going together (2018, Parisian Laundry), Une place idéale (2017, Musée d’art contemporain des Laurentides, Saint-Jérôme) et Ensemble (2014, L’Œil de poisson, Québec).

Dong Dawei vit et travaille à Beijing. Il détient depuis 2004 un baccalauréat en arts visuels du Lu Xun Academy of Fine Arts de Shenyang, en Chine. À travers une perspective simplifiée, Dong Dawei exploite les pouvoirs symboliques des mots, des langues et de la littérature pour offrir à ses publics des œuvres aux contenus directs et accessibles. Son travail a été présenté au sein de nombreuses expositions individuelles et collectives en Chine et à l’international telles que The Invisible Laws (2018, M Art Center, Shanghai), Backside. Insight Asia (2018, Art Basel Hong Kong, Hong Kong), Visible Light (2017, A+ Contemporary, Taibei), Imaginary Frontiers (2017, Boghossian Foundation, Bruxelles) et Guichet fermé (House of Culture Bourges, Bourges).

Né à Hong Kong, Yam Lau vit et travaille actuellement à Toronto. En 1997, il obtient une maîtrise en arts visuels de l’Université de l’Alberta. Sa pratique explore les nouvelles formes d’expression à travers les notions d’espace, de temps et de l’image. Son travail le plus récent explorent les combinaisons entre la vidéo et l’animation générées par ordinateurs, de sorte à (re)créer des espaces familiers au sein de dimensions nouvelles et aux perspectives variées. Yam Lau est représenté par la galerie Christie Contemporary de Toronto. Ses œuvres ont été présentées au sein d’expositions individuelles et collectives au niveau national et international telles What is here has echoed (2019, McLaren Art Centre), A World is a Model of the World, Fonderie Darling, 2013) et Imagining the Image (Yuanfen New Media Art Space, Beijing).

Originaire de Qinghai, Li Ming vit et travaille actuellement à Beijing. En plus de sa pratique artistique, Li Ming est également photographe et architecte en plus de détenir une formation classique en peinture et en calligraphie chinoise. La maîtrise de ces médiums et techniques traditionnelles l’amène à la création d’un art hybride, un entre-deux entre un monde imaginaire idéal et le monde spirituel rattaché aux philosophies chinoises. Son travail a été exposé au sein d’expositions individuelles et collectives telles que I and Thou (2017, The Unique Gallery, Zhengzhou), The Explicit Islam (2017, Lanzhou International Photo Festival, Chine), The Transformation of a Thread (2015, Xi’an Qujiang Art Museum, Shaanxi) et au sein du Screen Refreshing Labor Photography Exhibition (2018, Art Museum of Nanjing University of the Arts, Nanjing).

Ren Jie est née et a travaillé à Shanghai pendant la majorité de sa vie avant de déménager récemment à Guangzhou pour enseigner au département de sculpture de l’Académie des beaux-arts de Guangzhou. Détentrice d’un doctorat en sculpture de la China Academy of Art, Ren Jie s’intéresse à la sensibilité des gens et à leur conscience/inconscience des objets sociaux, des processus de production et de l’environnement. Ses œuvres ont récemment été présentées au sein d’expositions collectives telles que Why White (2018, Small Art Museum, Shanghai), Stèles II - Vivre sans temps mort (2018, Ying Space, Beijing), The Invisible Laws (2018, M Art Center, Shanghai), Degree Zero of Art - The Rational Expression of Abstract Art (2017, Hive Center For Contemporary Art, Beijing) et On Drawing - Visibility of Power (2017, J Gallery, Shanghai).

Né à Whuan, Xu Tan vit et travaille aujourd’hui dans les villes de Guangzhou et Shenzhen. Il détient un baccalauréat et une maîtrise en peinture à l’huile de la Guangzhou Academy of Fine Arts. À travers l’utilisation de textes, d’images, de vidéos, de performance et d’installation, sa pratique cherche à mettre en lumière ses préoccupations personnels à l’égard de plusieurs phénomènes sociaux endémiques. En 1993, il devient membre du Big Tail Elephant Group, une organisation artistique expérimentale de Guangzhou. Ses œuvres ont été présentées au sein de plusieurs expositions individuelles à San Francisco, Hong Kong, Berlin, New York, Taipei, Guangzhou, Shenzhen et Toronto. Lors des éditions de 2003 et de 2009, Xu Tan représentait la Chine à la Biennale de Venise.

Mireille Lavoie vit et travaille à Montréal. Elle détient une maîtrise en arts visuels de l’Université Laval. Ses œuvres se composent de différents matériaux de construction, majoritairement de contre-plaqué, pour créer des sculptures aux formes familières, organiques. Elle explore ainsi les limites de la matérialité qui emprunte à la fois au paysage et à l’architecture. Son travail a été exposé majoritairement au Québec au sein d’expositions individuelles et collectives telles que Bois d’œuvres, rendez-vous au cœur de l’ouvrage (2014, La Biennale de Saint-Jean-Port-Joli), Phosphore (2012, Galerie d’art Le 36, Québec), Datcha (2011, Galerie B-312, Montréal) et dans le cadre de l’événement Artefact Montréal 2007 - Sculptures urbaines, sous le commissariat de Gilles Daigneault et de Nicolas Mavrikakis (2007, Montréal).

Zhang Quingfan détient une formation d’architecture moderne de la South China University of Technology et du Beijing Insitute of Civil Engineering and Architecture. À travers une pratique picturale intuitive, elle fusionne les perspectives du modernisme avec l’expérience esthétique traditionnelle chinoise de l’architecture et des jardins. Son travail architectural tel la conception de bâtiments, de jardins et de formation rocheuse artificielle a remporté de nombreux prix au niveau local et international. Ses œuvres ont été présentées dans de nombreuses expositions collectives en Chine et à Taiwan au cours des dernières années. Soulignons sa participation à la Guanshe Hi21 Art Fair (2017, Beijing), à la Taipei International Contemporary Exhibition (2015, Taipei) et à la première édition du Hi21 Art Market (2015, Beijing).

Né à Yantai, Zhang Xiao vit et travaille actuellement à Chengdu. Diplômé du département d’architecture et de design de la Yantai University, il occupe un poste de photojournaliste pour le Chongqing Morning Post jusqu’en 2009. Il choisit par la suite de se consacrer pleinement à sa carrière d’artiste photographe. Pendant quatre ans, Zhang Xiao a voyagé dans les villes et les villages de la côte chinoise afin d’y photographier des populations et des communautés de plus en plus isolées et mélancoliques suite au développement urbain et industriel accéléré. Son travail a été présenté au sein de plusieurs expositions individuelles en Chine, au Japon et à Singapour, telles que About my Hometown (2015, Blindspot Gallery, Hong Kong), Coastline (2014, Zen Foto Gallery, Tokyo) et Shanxi (2013, Pekin Fine Arts Gallery, Beijing). 

LA COMMISSAIRE
Yan Zhou est commissaire d'exposition, critique d'art et traductrice. Elle a conçu plusieurs expositions internationales de premier plan, dont Transformation of Canadian Landscape Art: Inside and Outside of Beijing, une exposition itinérante présentée en Chine en 2014-2015. À titre de commissaire, elle a participé à plusieurs festivals d'art, notamment au Lianzhou Foto Festival 2017, au Scotiabank Contact Photography Festival (2018 et 2014) et à la 6e Biennale internationale d'art de Pékin. Elle poursuit actuellement un doctorat à l'Université de Toronto. Ses livres, articles et critiques ont été publiés à l'échelle internationale. 

9 janvier 2020 au 15 février 2020

Jean-François Côté
Avec Fumée et brouillard, Côté explore les réalités causées par le smog (une expression tirée de la contraction des mots “smoke” et “fog”). Suivant l’invitation de la commissaire Yan Zhou, la majeure partie du projet a été réalisée lors d’une résidence de création à Pékin en 2017, où le contexte environnemental a permis l’exploration des dimensions sociales et poétiques émergeant de ce phénomène. La fumée et le brouillard s’entremêlent au corps, en une frontière expérientielle partagée, les exposant et les engageant l’un envers l’autre. C’est aussi une réflexion sur l’écran, la surface, la profondeur, la finesse de l’image et les attitudes générées par les appareils mobiles. Entre mobilité et immobilité, l’installation permet de construire un entre-espace et offre une narration ouverte en constante transformation.
http://jfcote.net

Alexandre David
Les plans de ces deux dessins semblent bloquer et permettre un passage de la fumée, de la vapeur, des nuages ou de l’air d’un côté à l’autre de la surface. Dans un sens comme dans l’autre, l’ensemble du processus semble assez inefficace. Dans le contexte de cette exposition, on pourrait voir ces dessins comme la métaphore de l’inhalation, dans un même souffle, d’air et de particules toxiques ou de l’évacuation d’une pollution qui ne peut être contenue. Ces interprétations ne me dérangent pas, mais pour moi, l’inefficacité qui se manifeste ici est plus générale, non seulement dans ce qu’elle peut englober symboliquement, mais aussi dans son ton, tout autant humoristique que tragique.

Dong Dawei 
Le mot « environnement » utilisé comme titre et sujet de l’œuvre signifie “environnement” en français. Pourtant, si l’on joue avec le mot, cela suggère également une possible détection du mot « envie » (“envy” en anglais) contenu dans le mot étymologiquement. L’artiste pense que l’environnement deviendra du « smog » au fur et à mesure que l’envie humaine se multipliera. Dans cette œuvre, seules les lettres rouges émettent de la lumière ; les autres lettres sont laissées sombres.
http://www.galleryyang.com

Yam Lau 
En Chine, on rencontre un mode de vie où l’esthétique, la philosophie et l’éthique sont plus ou moins intégrées. L’un des éléments centraux de liaison est le flux de Qi (énergie) et ses manifestations nuancées. Les moyens de diriger, de distribuer et d’assurer le flux de Qi sont mis en œuvre à travers un éventail de croyances et de pratiques, notamment le taoïsme, la calligraphie, le taïchi, l’acupuncture, le feng shui, etc. Les Chinois conçoivent le monde (micro et macro) comme un seul organisme atmosphérique composé d’une multiplicité de zones et de canaux intensifs de Qi. Le calibrage du flux de Qi entre ces zones génère un univers harmonieux. Pour Breathing, j’ai décidé de me lancer dans la pratique du taïchi, afin de faire une première expérience du Qi. Comme Breathing est un projet expérimental et exploratoire (plutôt qu’une exposition) dont on pourra voir d’autres itérations et développements, mon travail chez B-312 se veut une première proposition, où je documente mon apprentissage récent (sur YouTube et en assistant à quelques cours) du taïchi. Le travail est présenté à la fois comme une performance et comme une vidéo d’instruction peu concluante. Au fur et à mesure que Breathing se développera et se déplacera vers d’autres lieux et en d’autres avenues, mes compétences et ma capacité à déployer le taïchi au-delà de son application sanitaire et esthétique s’accentuera, me permettant d’explorer plus largement la dynamique des questions sociales et politiques qui s’y rattache. Je considère mon travail sur le taïchi comme un projet en symbiose avec Breathing.

Mireille Lavoie
La nature du talc oscille entre légèreté et dangerosité. Ces fines particules déposées à la surface des choses nacrent, blanchissent, camouflent mais peuvent aussi obstruer, étouffer. Mon projet au mur rend compte des propriétés associées à cette matière et des images personnelles qui en découlent, me ramenant à mon souffle d’asthmatique: grilles d’aération, plantes curatives étiolées et alvéoles pulmonaires disparaissent peu à peu sous une fine couche de blanc pour réapparaître, à certains endroits, plus précises, dégagées. J’essaie de rendre la sensation d’un environnement qui se défait et qui résiste à la fois. 

Li Ming
Dans sa série Traveling in the Mountains, l’artiste propose des peintures de facture classique chinoise : vues des montagnes ou cours d’eau. Toutefois, il remplace le papier de soie ou de riz traditionnel par des journaux officiels alors que les eaux usées collectées depuis un purificateur d’air installé dans sa maison lui servent à concocter ses encres. Depuis plus de deux décennies, le smog est devenu un cauchemar dans la plupart des régions de Chine. Il est impossible d’y échapper. La répression politique et sociale en Chine est parallèle au smog : les gens sont sous le pouvoir de l’État et ils n’ont pas le choix. Il n’y a pas d’échappatoire. Les médias officiels « blanchissent » toujours la vérité et mentent au peuple. Li essaie de trouver un soutien spirituel des peintures chinoises classiques dans lesquelles il semble y avoir un monde idéal. Pour lui, c’est une forme de résistance non violente tout comme les anciens littérateurs. Cette série d’œuvres est une réaction directe et angoissante à la réalité chinoise. Cependant, en utilisant des matériaux médiocres et en peignant rapidement et avec une forte charge émotionnelle pour dépeindre l’esthétique idéale lointaine, le monde idéal semble ne pas pouvoir prendre une forme cohérente, et le monde classique semble être à nouveau déconstruit dans les circonstances. Il y a un dilemme à se positionner par rapport à la réalité et à l’idéal. Y a-t-il encore la possibilité de survivre en tant que reclus, en tant que reste dans le temps contemporain ? La résistance à la puissance mondiale du capital d’État sera-t-elle possible ? 
http://www.limingart.com/

Ren Jie
La pratique sculpturale de Ren Jie renferme plusieurs perspectives de réflexion sous des formes visuelles concises et abstraites pour mettre en lumière les aspects sensibles des contenus et des intentions politiques profondes et réfléchies qui se traduisent au sein de ses œuvres. Dans Something inside, Something in between, Ren Jie a recours à deux types de matériau : le feutre noir, servant à fabriquer les formes octogonales allongées, et un mélange d’argile ultra légère et de sable de quartz recouvrant la grille. Présentées sous trois tailles différentes, les sculptures en feutre sont réunies en différents groupes, rappelant la formation minérale des cristaux tels qu’on les retrouve dans la nature. Toutefois, le regroupement de ces formes est en quelque sorte imprévisible. L’aspect visuel des octogones et leur assemblage impliquent un certain degré d’inconnu en même temps que d’aliénation, tel le procédé de production du feutre, de la teinture à la couture industrielle. Plus encore, la production et la commercialisation du feutre relient différents lieux géographiques significatifs à travers la Chine, lesquels font également écho à certaines expériences personnelles vécues par Ren Jie. Le mélange d’argile et de sable confectionné par l’artiste est issu de ses propres expérimentations : c’est un matériau léger qui offre à la sculpture une texture aérienne et fluide dont l’effet visuel et tactile s’apparente à celui de la pierre artificielle. Lors de son application sur la grille, l’artiste ajoute au mélange quelques résidus de feutre. Les différentes teintes obtenues se donnent comme autant de variations des bleus du ciel, tantôt atmosphérique, tantôt chargé, passant d’un bleu clair lumineux au gris induit par le smog. L’omniprésence des couleurs sombres cache la légèreté des matériaux utilisés : Ren Jie joue ainsi avec les contenus et les aspects indicibles qui se dégagent de notre rapport à l’environnement, une stratégie qui se reflète dans toutes les œuvres de l’exposition Breathing.

Xu Tan
Depuis 2012, Xu Tan travaille sur le concept de « botanique sociale » pour étudier comment les gens disciplinent les plantes et modifient l’environnement. Ce type de botanique présuppose que les êtres humains ont socialisé le monde végétal. Ce concept rejoint ce qu’Ágnes Heller soutient à propos de l’échange organique entre l’humain et la nature :« la nature extérieure n’existe pour l’humain qu’à travers une interaction réciproque avec la société, dans le processus de socialisation...¹» En 2015-2016, Xu a interviewé quatre personnes d’origine est-asiatique pour rendre visible, à même leurs récits, la mixité de la relation entre la société humaine et la nature. Parmi ces personnes figure un villageois de Hakka, dans la province de Guangdong, en Chine, dont la mère a vécu une expérience mystique dans les bois et où les voisins du village s’expriment à propos du « ling » (l’esprit naturel). La deuxième personne interrogée est M. Shigeru Matutani, l’ancien directeur des jardins botaniques de Kyoto, qui explique pourquoi les jardins japonais et l’horticulture ont une relation intime avec les religions et la différence entre les jardins japonais et les jardins européens. La troisième personne interrogée est une enseignante et une activiste sociale de Singapour qui a essayé de vivre de manière écologique, mais qui souffre des conséquences de la négligence de la conscience écologique de ses voisins. Xu Tan a également interviewé un architecte sinoaméricain et activiste communautaire à San Francisco inspiré par l’horticulture qui se consacre à la préservation des sites portant une mémoire communautaire. À même ces projets de botanique sociale, les préoccupations environnementales et l’éveil de la conscience sociale rassemblent les gens pour agir, comme le dit Xu Tan, « dans une sorte de résistance pacifique » pour redécouvrir la vie en relation d’interdépendance entre le monde et la nature.
http://www.xutan-keywords.com/work/

Zhang Qingfan
Zhang Qingfan réalise ses dessins de jardins et de formations rocheuses artificielles dans la nuit, après ses journées de travail et ses lectures de chevet. À travers ceux-ci, elle fait cohabiter la réalité des ancêtres à des lieux qui ne ressemblent à aucun espace urbain réel. Son processus de recherche et d’imagination représente pour elle la métaphore d’une promenade dans un jardin sinueux, à travers lequel elle traverse les ombres et les incertitudes qui la guident vers un espace plus lumineux, qui nourrit son imaginaire. Ces jardins qu’elle dessine, calmes et mythiques, sont pour elle son oxygène, son échappatoire. À la lumière des propos du poète et traducteur David Hinton, mentionnant que « la communauté humaine prend racine dans l’écologie primitive d’un cosmos spontanément autogéré et harmonieux² », la pratique picturale de Zhang Qingfan l’aide à surpasser un monde contemporain fracturé pour s’imaginer atteindre un monde uni et cohérent, un monde où l’enfance est modelée par les arts et où la pesanteur de l’existence disparaît au profit d’une légèreté qui s’implante à même ces jardins imaginaires.

Zhang Xiao
David Hinton comprend le concept chinois de rituel comme une société qui s’épanouit en tant que vie sacrée permanente, et qui fait partie du cosmos génératif beaucoup plus vaste³. Dans ce cosmos, le rituel structure la vie quotidienne et les valeurs comme une éthique qui s’occupe à la fois de la société humaine et de l’environnement non humain. Dans les zones urbaines, les résidus de l’ancienne vie rituelle sont à peine existants et reconnaissables. Alors qu’en milieu rural, les rituels survivent dans les coutumes et les festivals ; ils relient le passé au présent, le local, et la Nature au monde moderne et aux hommes modernes. Dans son premier travail, Shanxi (une province du nord-ouest de la Chine), l’artiste photographe Zhang Xiao a capturé des villageois en costumes de théâtre traditionnels sur le chemin d’une représentation au Festival du printemps. On aurait dit qu’ils venaient de nulle part ou qu’ils sortaient de légendes. Les villageois se sont transcendés eux-mêmes, la réalité et le temps contemporain dans leur rêverie collective. Le monde théâtral a fait aimer au village désolé et misérable un monde féerique immortel, surréaliste et fantastique. Même les pays occidentaux les plus critiques applaudissaient l’efficacité et la puissance du gouvernement chinois dans l’amélioration de la pollution de l’environnement. Dans les villes métropolitaines, des espaces urbains plus verts et plus pittoresques, avec plus de jours de ciel bleu, sont la preuve de ce succès. Cependant, l’air jaunâtre qui enveloppe les héros et les beautés, les dieux et les sages dans les photos de l’œuvre de Zhang Xiao, révèle la réalité brutale de l’inégalité : le monde moderne peut redéployer l’air ainsi que les capitales et les pouvoirs. L’arrière-pays du Cosmos immortel est dépourvu de son harmonie inhérente. Les villageois rêvent dans les illusions créées par les rituels, et l’absurdité de la réalité attend que le rideau se referme. 
http://www.zhangxiaophoto.com

 

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¹ Ágnes Heller (2018). The Theory of Need in Marx, New York & London : Verso.
² Paul Hinton (2012). Hunger Mountains : A Field Guide to Mind and Landscape, Shambhala Publications.
³ Idem.