Pétard

JO-ANNE BALCAEN

Pétard

  • Exposition

Jo-Anne Balcaen obtenait en 2000 une maîtrise de l’Université Concordia. Son travail a été diffusé à travers le Québec, le Canada et l’Europe. Parmi ses expositions individuelles les plus récentes, notons, entre autres, New Work, présentée à The Other Gallery (The Banff Center) et C’mon, C’mon, à Truck Contemporary Art, Calgary (2007) ainsi que Machination, diffusée à Ace Art, Winnipeg et  à la Maison de la culture Côte-des-Neiges (2003). Elle a également participé à plusieurs expositions collectives notamment à la galerie Clark et à la Parisian Laundry (2006), à  la eyelevel gallery, Halifax (2001) et dans le cadre de la Manifestation Internationale d’art de Québec (2000).  En 2005, elle présentait ses vidéos lors de l’événement Time LagNeue Videos Aus Canada, tenu à Bâle,  Suisse. 

9 janvier 2009 au 7 février 2009

—VERNISSAGE VENDREDI 09 JANVIER 2009 À 17H

La Galerie B-312 a le plaisir d’accueillir dans sa petite salle, Pétard, de Jo-Anne Balcaen. L’exposition réunit trois œuvres, Pétard, Médiator de concert Rob Metallica et Drag. Pétard et Drag intègrent une bande sonore qui n’est audible qu’au moyen d’écouteurs. Dans Pétard, un solo de batterie accompagne les images d’un feu d’artifice. Le musicien a manifestement cherché à traduire les effets pyrotechniques avec des motifs rythmiques clichés. La vidéo est diffusée sur une petite télévision suspendue dans un coin de la salle à hauteur du plafond. La petitesse de l’écran, la qualité modeste des images, la synchronie quasi caricaturale entre la séquence visuelle et la phrase musicale, tout concourt à tourner en dérision l’éclat spectaculaire des effets de synchronisation entre musique et effets visuels dont les spectacles rock usent à volonté.—Autant dans Pétard l’artiste réduit la démesure des feux d’artifice à une image vidéo de 15 pouces, autant dans Médiator de concert Rob Metallica elle magnifie un médiator ayant appartenu à Rob Trujillo, le bassiste du groupe Metallica. Le petit objet pourra être examiné sur demande ; autrement, l’artiste en a tiré un agrandissement photographique levant le voile sur la moindre éraflure. L’image est accompagnée d’une description quasi clinique où l’artiste conclut que les traces d’usure, qui parsèment la surface du médiator, ne sont pas dues à l’usage qu’un guitariste aurait pu en avoir fait. Le dispositif de présentation, qui s’apparente à celui d’une preuve d’authenticité, tourne à l’emphase et produit l’effet inverse, soit une défétichisation de l’objet d’abord magnifié.—Drag est une petite installation conçue autour d’une bande sonore dont on prend connaissance seul au moyen d’un casque d’écoute, le regard capté par un miroir triangulaire posé au sol. On y entendra la nomenclature de douze effets de guitare électrique, tous caractéristiques de la musique rock. La série est inlassablement répétée, à ceci près cependant, elle est jouée sur une durée un peu plus longue à chaque reprise. Du coup, la sonorité perd petit à petit en puissance, l’ardeur des accords s’estompe, les tonalités s’assourdissent, ce qui ne manque pas de produire la figure d’une lente détumescence de ce qui avait été une série de saillies sonores.—Dans Pétard, Jo-Anne Balcaen décentre, déplace, retourne comme un gant la fascination que peuvent engendrer ces situations où, à sentir son corps traversé par une somme de sensations indistinctes, on a l’impression diffuse mais intense d’exister. Elle convoque pour cela quelques-uns des traits de la culture rock auxquels le public, émerveillé, s’arrime le plus souvent, tels l’éclat du spectacle ou la vigueur du musicien aux instruments, et fait allusion à l’idolâtrie qui peut en découler. Ce ne sont pourtant pas ces effets de culture qui sont pris à parti, la chose est humaine ; ce qui l’est moins, ou trop, ce sont toutes ces tentatives de les provoquer aussi délibérément qu’artificiellement, et ceci, à des fins purement marchandes.—Dès lors, Jo-Anne Balcaen ne travaillerait-elle pas à ce que l’art s’interpose entre la culture et le commerce, que celui-ci soit idéologique ou simplement mercantile ?

—JEAN-ÉMILE VERDIER