Zur erinnerung an melek en souvenir de melek

JULIE DOUCET

Zur erinnerung an melek en souvenir de melek

17 février 2006 au 18 mars 2006

La Galerie B-312 est heureuse de présenter dans sa petite salle un ensemble de planches gravées de Julie Doucet. Parmi les œuvres exposées, on reconnaîtra celles qui servirent à la publication de Melek, un livre que Julie Doucet a voulu à la frontière du récit et de l’image. Lors d’un séjour à Berlin, au détour d’une promenade dans le Tiergarten, l’artiste tomba sur un amoncellement de photographies. La neige avait commencé à les couvrir, prenant ainsi un peu d’avance sur l’oubli qui allait définitivement les faire disparaître, si ce n’était leur rencontre avec cette passante aussi inattendue qu’attentionnée, qui s’est mise à les ramasser. Parmi ces photographies, le visage d’une femme revenait plus que les autres. L’artiste découvrit son nom à l’endos d’une carte postale : Melek. Quelques mois après son retour de Berlin, Julie Doucet s’est mise à graver ce visage et ceux des personnes qui, dans le lot des images, laissaient deviner leur lien avec Melek.—« Je le sais, elle le savait, ils sont tous morts ». « Melek était […] Melek était ». Ces deux phrases extraites du livre disent tout. Et pourtant elles n’énoncent rien. Le drame des pronoms personnels qui s’y joue ferait sans doute le bonheur de quelques sémiologues avertis préoccupés de savoir à quelles conditions un récit s’engendre. Le tragique de la situation ne manquerait pas non plus d’alimenter l’éternel débat philosophique d’être pour la mort.—Mais ces dessins gravés forcent un peu la physionomie des visages représentés sans toutefois aller jusqu’à la caricature. Du coup, les visages afficheront toujours une pointe de raillerie face aux discours qui tendraient à les confiner au sérieux d’une linguistique du pronom personnel ou au tragique d’une sémantique de la finitude.—Il serait toutefois erroné de lier ce travail au passé de bédéiste de Julie Doucet. Il n’y renvoie pas, mais ne le nie pas non plus. Il appartient tout simplement à une veine créatrice que Julie Doucet explore désormais, et dont J comme je publié au Seuil en 2003 donne un avant-goût. Ce livre a été écrit avec des mots découpés dans des magazines dont l’artiste avait conservé des pages qui l’avaient retenue. En collant patiemment les mots des autres pour qu’ils signifient sa propre histoire, Julie Doucet a déplacé le sens dans lequel on a l’habitude de comprendre l’acte d’écrire.—Melek bouleverse le sens dans lequel on a l’habitude de comprendre ce qui fait récit. 

—Jean-Émile Verdier