I HAVE BEEN HERE FOR ONE MONTH AND NOBODY HAS WRITTEN TO ME YET

LISA HECHT

I HAVE BEEN HERE FOR ONE MONTH AND NOBODY HAS WRITTEN TO ME YET

Lisa Hecht I HAVE BEEN HERE FOR ONE MONTH AND NOBODY HAS WRITTEN TO ME YET © Lisa Hecht, exposition "I have been here for one month and nobody has written to me yet", 2002.
© Lisa Hecht, exposition "I have been here for one month and nobody has written to me yet", 2002.
7 septembre 2002 au 5 octobre 2002

 

La petite salle de la galerie accueille le travail récent de Lisa Hecht. L’artiste montréalaise, diplômée du Art Institute of Chicago (Illinois), aura conçu et élaboré sa proposition au fil d’un séjour parisien à la Cité internationale des arts et d’un passage par Bâle dans le cadre du programme international d'échanges pour des artistes professionnels en arts visuels de la Fondation Christoph-Merian. —Lisa Hecht évoque dans une série de photographies grand format (90 x 60 cm) tout un travail de réflexion issu d’un geste tout simple, celui d’obstruer toutes les fenêtres de son studio avec des phrases écrites en négatif tirées de son cahier de travail. De l’intérieur, les phrases apparaissent inversées. Du coup, les voilà adressées au passant, c’est-à-dire à personne et à tout le monde en même temps. L’étrangeté que l’éventuel lecteur peut éprouver est modérée par le sens des phrases ; celles-ci révèlent un peu de l’intimité de leur auteure tout en maintenant l’anonymat. Mais l’étrangeté fait aussitôt retour avec l’étonnante image d’une « lumière parlante » : en pénétrant dans la pièce, le jour projette les lettres sur les murs, le sol, les meubles ; la juste latéralité de la lecture est rétablie. Pourtant, même si ce dispositif de projection laisse encore penser au tracement, à la ligne scripturaire, au dessin ultimement, tout concourt à suggérer la résonnance d’une voix qui vocifère de nulle part tout en résonnant du tréfonds de soi-même. —Lisa Hecht nous convierait-elle ainsi au témoignage photographique d’une mise en espace de cette voix intérieure qui, si elle a donné à Descartes l’assurance de sa condition de sujet pensant, hante le psychotique en venant le mobiliser de l’extérieur, comme aura su le dire le président Schreber à qui cette voix demandait, « continûment et sans répit », précisera-t-il : « À quoi donc est-ce que vous pensez là, à l’instant même ? »

 

—Jean-Émile Verdier