LES BOUCHES D’OMBRE

MARIE-FRANCE BRIÈRE

LES BOUCHES D’OMBRE

10 novembre 2005 au 10 décembre 2005

Marie-France Brière présente dans la petite salle de la galerie Les bouches d’ombre. Au mur, deux œuvres, et dans l’espace, deux voix. Marie-France Brière a joint l’audible au visible et conduit ainsi la sculpture là où on ne l’attendait pas : au mur et dans la voix.—Une femme et un homme parlent en alternance. Les mots, les phrases, les répliques s’articulent les uns aux autres. Du sens se forme, une histoire s’édifie, hors de toute linéarité. L’audible est poétique, doit sa cohérence à une mystérieuse syntaxe. Les pièces au mur se présentent sous l’aspect d’un ensemble de plaques de marbre aux formes irrégulières montées les unes sur les autres, tranche contre tranche, une langue de feutre sombre entre elles. La taille de chacune des plaques est déterminée par la nécessité de faire tenir le tout sous l’effet de la seule gravité. Des espaces sont réservés à des retailles de bois calciné et des feuilles de verre cristallines.—Voit-on l’entendu ? Entend-on le vu ? L’intelligibilité du dit et la sensibilité du vu se contaminent-elles ? Ou bien encore, le vu et l’entendu se réclament-ils de la même logique ? Celle d’une pratique artistique qui ne cesse pas de conduire la sculpture au-delà des limites du champ que le discours lui assigne, aussi élargi soit-il, de la statuaire à l’installation, de la stèle commémorative au monument minimaliste, du parcours qui mène au Parthénon à ceux qui sillonnent les jardins orchestrés d’Hamilton Finlay. Pour cela, Marie-France Brière semble avoir pris au pied de la lettre le travail d’écriture qui demande de patiemment ciseler les mots, pour qu’ils puissent s’appuyer les uns aux autres, et laisser être ainsi, sous l’effet du poids du sens, l’œuvre dans toute son autonomie. 

—Jean-Émile Verdier