HAPPY HOUR

NELSON HENRICKS

HAPPY HOUR

8 novembre 2003 au 13 décembre 2003

La Galerie B-312 accueille dans sa petite salle Happy Hour, une installation de l’artiste montréalais originaire de l’Alberta, Nelson Henricks.—Dans Silent Film, un film que Nelson Henricks réalisa en 1994, une voix off dit ceci : « Tu m’as demandé pourquoi ce film est muet ? Je t’ai répondu : Parce qu’il n’y a aucune façon d’enregistrer ce cri. Laisse le silence être le cri, au mieux, laisse le spectateur entendre son propre cri. Laisse la terreur être si près. » J’inscrirais volontiers Happy Hour dans la filiation de ce propos, où la terreur est en quelque sorte un autre mot pour dire « angoisse ». Dans Happy Hour, Nelson Henricks évoque cette angoisse en jouant sur la forme comique de la ressemblance et du banal. Amusante sous un certain angle, l’œuvre n’en ravive pas moins un trouble indéfinissable, un malaise indescriptible.—L’immense étude que Gilles Deleuze fit sur le cinéma publiée en 1983 et 1985 inspira au philosophe une série de propos métaphysiques dont un m’a paru être sur le point de convenir pour décrire ce malaise. Le voici sans plus d’explication : « L’attitude quotidienne, c’est ce qui met l’avant et l’après dans le corps, le temps dans le corps, le corps comme révélateur du terme. L’attitude du corps met la pensée en rapport avec le temps comme ce dehors infiniment plus lointain que le monde extérieur. Peut-être la fatigue est-elle la première et la dernière attitude, parce qu’elle contient à la fois l’avant et l’après […] l’immense fatigue du corps, […] qui propose à la pensée « quelque chose à incommuniquer », l’« impensé », la vie. »—Gilles Deleuze, Cinéma 2. L’image-temps, Paris, Éditions de Minuit, Collection « Critique », 1985, p. 247.

 

—Jean-Émile Verdier