Mécanique et débordements

PATRICK BERNATCHEZ

Mécanique et débordements

22 avril 2004 au 22 mai 2004

La mécanique du temps est une territorialité ; elle est un matériau si souple que nous en oublions parfois la structure dans l’énorme épure de la stridence du mouvement. Aborder le temps dans sa mouvance et/ou sa fixité, c’est approprier l’espace d’un débordement.—C’est dans sa grande salle que la Galerie B-312 accueille Mécanique et débordements de Patrick Bernatchez. Véritable canevas de la condition humaine, ces œuvres forment un genre de curriculum vitae à travers un catalogue d’objets de consommation et d’action aliénés au temps. Des objets vides, non habités, un univers de tropes mis en place pour l’illustration d’une course en droite ligne vers le crash de l’identité. Dans ce cadre figuratif, très près de la vanitas, Bernatchez nous propulse dans un ailleurs où l’image rompt la chaîne temporelle. Quelque chose comme la sensation de toucher un corps sans vie mais encore chaud ou d’arriver sur les lieux d’une fuite soudaine alors qu’une cigarette grille encore sur un cendrier. Bernatchez nous amène dans la chambre de jeu d’un temps que l’on ne saurait situer autrement que dans un présent virtuel, en puissance, mais déjà hypothéqué. Comme si nous étions placés devant une destinée sans pouvoir déterminer avec certitude s’il s’agit d’un tracé de prospective ou d’un constat de fait, d’un plan exécutoire ou d’un artéfact cataclysmique figé dans son instantanéité. Ni passé ni futur, ce temps est à la limite d’une mue et de sa viduité. Cette course où le temps n’est plus comptabilisé en terme de durée mais d’intensité, le point de rencontre, justement, entre mécanique et débordements.—Avec beaucoup de finesse, Patrick Bernatchez met ici en lumière ces débordements de notre relation au monde et de nos comportements face à celui-ci, celui des objets, de leur symbolique, de leur futilité et de leur pérennité dans l’engrenage du temps. Un compte à rebours auquel nous sommes conviés.

—Marc Desjardins