D'un appétit sans fin

PHILIPPE GIRARD

D'un appétit sans fin

12 janvier 2006 au 11 février 2006

La Galerie B-312 est heureuse d’accueillir dans sa petite salle D’un appétit sans fin, un diptyque de Philippe Girard. L’œuvre est composée d’une double projection, La marche et La torsade. La première, monumentale, occupe tout un mur. La seconde, de plus petite dimension, est présentée comme une note ajoutée, comme un supplément discret à la saisissante fresque qui accueille le spectateur dès son entrée dans la salle.—La technique employée par l’artiste pour réaliser ces deux projections est celle du film d’animation. Les résultats ne sont pourtant pas réductibles à cette catégorie, car dans les deux cas, nous avons affaire à un dessin, et plus précisément au dessin d’un double mouvement, où le bougé n’a pas seulement pour fonction d’animer l’immobile.—Tout a commencé par le dessin d’un humain qui rappelle les pantins en bois dont se servent les dessinateurs pour donner des poses réalistes à leurs personnages. L’artiste a ensuite animé le dessin. La figure semble alors passer par des mutations indéfinissables jusqu’à ce que nous la voyions s’immobiliser dans une pose inouïe. Le corps y est gauchi par une surprenante contorsion. Le tronc bascule vers l’arrière, et se courbe jusqu’à ce que la tête puisse s’imbriquer dans la fourche de l’entrejambe. Alors, un être monstrueusement nouveau apparaît.—Dans La torsade, cet être se met à se décomposer et se recomposer en passant par d’infinies arabesques. Dans La marche, il est démultiplié en une infinité de figures identiques les unes aux autres, qui forment un bataillon d’incroyables contorsionnistes en train d’avancer au pas, sans cesse et sans fin. Ils avancent en regardant derrière eux, quand dans les faits ils reculent, le regard fixé vers ce qu’ils croient être la direction vers laquelle ils s’acheminent.—Philippe Girard multiplie de telles collusions de contraires dans l’exposition, le monumental côtoie le minuscule, l’aplat flirte avec la profondeur, l’arrière peut aussi bien être lu comme un devant, la mobilité se conjugue avec du surplace, l’avancée avec le recul, et ainsi de suite. Philippe Girard ne procède pas ainsi par plaisir ni par caprice, et il ne faut surtout pas y voir là un style. Remarquons plutôt combien la collusion des contraires déchaîne le sens.—Car enfin, il n’y a guère que le déchaînement du sens qui puisse mettre fin aux articulations du même au même. 

—Jean-Émile Verdier