Espaces identitaires

RANDA MADDAH— EMILIE SERRI — GUILLERMO TREJO— KIM WALDRON

Espaces identitaires

eXcentrer

COMMISSAIRES —  MARTHE CARRIER, STÉPHANIE CHABOT, EMMANUELLE CHOQUETTE ET ÉMILIE GRANJON 
En collaboration avec la Galerie d'art Desjardins de Drummondville

En raison des récentes directives émises par le gouvernement du Québec, la Maison des arts Desjardins de Drummondville se voit dans l'obligation de fermer l'accès au public et de reporter ou d'annuler toutes les activités prévues. 

À PROPOS DU PROJET 

eXcentrer est une année de programmation spéciale présentée à la Galerie d’art Desjardins de Drummondville et commissariée par les directrices des quatre centres d’artistes du Belgo : Marthe Carrier (Galerie B-312), Stéphanie Chabot (Centre des arts actuels Skol), Emmanuelle Choquette (Arprim art imprimé) et Émilie Granjon (CIRCA art actuel). Ensemble, elles ont mis en dialogue des œuvres de leur programmation respective pour développer une programmation généreuse et accessible qui présente un large éventail de médiums et de démarches artistiques. Marquant le début d’une nouvelle orientation pour la Galerie d’art Desjardins, cette programmation sera lancée lors d’un évènement festif et se poursuivra à travers quatre expositions collectives.

LES ARTISTES
Randah Maddah
Emilie Serri
Guillermo Trejo
Kim Waldron

20 mars 2020 au 10 mai 2020

Alors qu’on parcourt le monde comme jamais auparavant, qu’on découvre des peuples, des pays, des gens, on bâtit aussi des murs, on marque des frontières, pour bien se distinguer dans ce brouhaha planétaire. Dans cet incessant mouvement d’ouverture, de curiosité et de découverte, se tracent en même temps des lignes de fracture – retraits, fissures, fermetures. Tel Narcisse qui se perd dans le miroir du monde, médusé par ses reflets chatoyants et aveuglants. Citoyens du monde, qui sommes-nous, exactement ? Les mirages de la mondialisation sont-ils en train de niveler, voire d’effacer nos appartenances culturelles, sociales et politiques au profit d’une économie planétaire qui n’a que faire des frontières et des états ? À quoi tiennent nos territoires ? Quelles en sont les sources souterraines ? Comment s’inscrivent dans nos corps l’odeur de la terre mouillée, le rougeoiement d’un ciel écarlate, le son sourd des pas dans la neige, la dureté de la pierre ? Violence. Volupté. Chants, musiques, histoires, transportés par le temps. Cris, paroles, murmures. Mouvance. Déplacements. Comme autant de points d’ancrage. Comme autant de figures d’une mémoire présente et antérieure en train de s’écrire, de s’inscrire. Pour cette exposition, Espaces identitaires, nous avons invité des artistes dont la pratique puise dans ces registres. Ils nous proposent des œuvres qui abordent, sur un mode intimiste, ces filiations.—La vidéo Light Horizon de l’artiste Randa Maddah nous entraîne sur les hauts plateaux du Golan, sa terre d’origine (l’artiste vit maintenant en France). Dans un lent rituel de gestes issus du quotidien – elle balaie et nettoie les lieux, meuble l’espace, l’ornemente – l’artiste se réapproprie une maison en ruine, détruite lors des bombardements israéliens ayant eu lieu en 1967, pendant la guerre des Six jours. Jouxtant les frontières d’Israël, de la Syrie, de la Jordanie et du Liban, le Golan occupe une position stratégique de par la hauteur de ses plateaux. Ainsi, la Syrie et Israël se disputent les limites et en revendiquent le contrôle. La vidéo nous montre l’artiste, contemplant le paysage en contrebas. Il ne s’agit pas de sa maison, son village n’a pas été la cible des affrontements. Pourtant, la dévastation est réelle. Light Horizon se tient sur la ligne frontalière, tel un miroir des exilés. En occupant cette maison abandonnée, l’artiste met en scène des mécanismes de résistance et de réappropriation.—Née à Montréal d’une mère belge et d’un père syrien, Émilie Serri examine sa filiation avec la Syrie, un pays qu’elle a très peu connu. L’installation vidéo Green Screen (R0G255B0) se compose d’un écran lumineux suspendu et de boîtes de son. Les lettres et les chiffres du titre réfèrent à la valeur chromatique du green screen, écran utilisé au cinéma pour superposer deux couches visuelles. Or plutôt que d’incruster des séquences filmiques, l’artiste donne à voir des histoires par le son et le récit. D’un côté de l’écran, on entend la voix de son père racontant des fragments de sa Syrie natale entrecoupée d’une voix de synthèse référant à des guides touristiques. De l’autre côté, projetées, on peut lire des phrases glanées sur le web, extraites du quotidien de Syriens y vivant. Aucune image : seules subsistent les paroles et les écrits, auscultant une expérience réelle ou fantasmée d’un pays aujourd’hui peu accessible. Dans cet espace de lumière, toutes les incrustations sont permises.—Avec An essay about immigration, identity and geopolitics, Guillermo Trejo, artiste mexicain vivant à Ottawa, nous propose une œuvre où il réunit, en une seule image, les photographies extraites de ses deux passeports dont il reproduit également les rectos, accompagnés de leurs numéros de matricule. Cette série trace la ligne officielle de sa double identité, tantôt citoyen mexicain, tantôt résident canadien. L’assemblage est brut, sans fioritures. D’une manière directe et percutante, une ligne est tracée, à la fois frontière et jonction de sa nouvelle identité. Pour la série Protesta, dont il propose ici une nouvelle itération, l’artiste extrait des phrases des médias publics et sociaux qu’il réinjecte dans l’espace de la galerie. Imprimés sur du papier journal et rappelant les vocables du type manifeste de rue, l’artiste reprend les techniques de recouvrement des graffitis utilisés par le gouvernement mexicain pour masquer l’affichage intempestif d’une dissidence flagrante.—La série Made in Québec de Kim Waldron a été réalisée en Chine. L’artiste se met en scène dans des situations de travail variées. Elle offre son temps en reconnaissance de l’importante contribution chinoise à l’accessibilité des biens de consommation, dont profite largement l’Occident. Vêtue d’un sarrau gris, on peut voir l’artiste cuisiner dans un restaurant, livrer des bouteilles d’eau, confectionner des vêtements, nettoyer les sols, etc. Il est intéressant de ramener cette série à l’ensemble de sa pratique visuelle où chaque corpus d’œuvres s’articule autour de l’autoreprésentation de l’artiste dans différents contextes performatifs à caractère social ou politique. Elle s’offre dans une multiplicité de rôles identitaires. Dans une récente publication à teneur autobiographique, Travail, espoir et honnêteté, l’artiste examine sa pratique depuis la mise en perspective de ses origines croisées : Européenne, Américaine, Néo-Zélandaise et Canadienne. Ces mises en scène artistiques en fournissent un miroir éloquent.—La migration des peuples est un phénomène récurrent dans l’histoire de l’humanité, soit-elle par choix, par obligation, par nécessité. Par quoi se définit notre territoire ? De quelle manière l’héritage culturel et identitaire agit-il sur ce que nous sommes ? Comment se tissent de nouvelles façons de faire, de produire, de penser ?