Les Tas

RODRIGUE BÉLANGER

Les Tas

  • Exposition

Né à Asbestos, Rodrigue Bélanger vit et travaille à Québec. Il enseigne les arts à l’Université Laval et à l’Université du Québec à Chicoutimi. On a pu voir son travail entre autres dans le cadre des expositions individuelles Autoportrait au verre d’eau, Galerie Le 36 de la rue Couillard, Québec (2003) ; Rose & tétanos, Vu, centre de diffusion et de production de la photographie, Québec (2001) et Vox, centre de diffusion de la photographie, Montréal (2000) ; Qui n’et, Quartier éphémère, Montréal (1998).—Il a également participé à plusieurs expositions collectives dont Vertiges : Duos photographiques, Salle capitulaire, Cour Mably, Bordeaux, France ; Quiproquo, École des arts visuels, Québec ; 2009, Centre de diffusion de l’Uqàm, Montréal. Depuis 1999, Rodrigue Bélanger a publié plusieurs textes critiques et commentaires d’artiste aux Éditions J’ai VU, à Vox la galerie, à Occurence, espace d’art et d’essai contemporain et dans Photo sélection.

 

20 février 2009 au 21 mars 2009

—VERNISSAGE VENDREDI 20 FÉVRIER 2009 À 17H

La Galerie B-312 est heureuse d’accueillir dans sa grande salle le plus récent travail de Rodrigue Bélanger, une série de photographies représentant une suite de paysages dont on pourrait dire, paradoxalement, qu’ils sont des portraits : portraits d’amoncellements, de monticules, de talus, de saillies, en train de se découper sur un fond neutre. L’ensemble peut laisser penser à une forme de reportage sur un motif récurrent ou encore au déploiement d’une thématique comme il en existe beaucoup dans le domaine de la photographie. Pourtant, d’une image à l’autre, nous pouvons nommer avec certitude la matière ou les matériaux érigés ainsi en tas. Dès lors, le fait photographique porté par une impression de reportage ou à celle d’une exploration thématique s’estompe.—Toutes les images sont construites au moyen de l’artifice d’une symétrie latérale, dont l’axe est la médiane verticale de l’image. Chaque photographie rappelle en quelque sorte la mise à plat des images qui se forment quand on juxtapose un miroir et une image, à 90 degrés. L’axe de symétrie peut aussi rappeler le pli laissé dans le papier après qu’on ait rabattu une moitié de la feuille fraîchement chargée d’encre sur l’autre moitié immaculée pour produire ainsi une image parfaitement symétrique. D’une manière ou d’une autre, la construction de l’image met en évidence la planéité du support, qui, du coup, ne manque pas de polariser le plan de l’image et les saillies du paysage, dont nous ne saurions dire si elles sont monumentales ou minuscules. Relief et planéité se répondent ainsi, de même que l’immense et le très petit.—Les images semblent aussi valoir pour la composition purement abstraite de deux lignes : l’axe de symétrie et la ligne de crête des amoncellements ; deux lignes de découpe, qui ne manquent pas de suggérer une idée de frontière.—Rodrigue Bélanger dynamise sur un mode dialectique les trois niveaux de sens d’une image, à savoir sa lisibilité, sa construction et ses composants formels. Une déterritorialisation de l’image photographique s’ensuit d’autant plus que l’image est manipulée.—Du coup, cette déterritorialisation ne nous introduirait-elle pas sur la voie d’une interrogation radicale de la classification de telles images, dès lors qu’elles s’avèrent en partie photographiques, en partie construites, en partie purs jeux de formes et en partie estampes ? Et du même coup, le concept même de photographie ne s’en trouve-t-il pas questionné ?

—JEAN-ÉMILE VERDIER