Point de fusion

SYLVIE READMAN

Point de fusion

5 septembre 2003 au 11 octobre 2003

La Galerie B-312 accueille dans sa grande salle Point de fusion, une exposition des derniers travaux de la photographe Sylvie Readman. L’exposition comprend onze photographies réparties en cinq œuvres : Lancée, Correspondances, Défiguration, Consonances et Évidement.—Dans le champ actuel de l’art, la photographie ou bien se pratique ou bien s’utilise. Dans un cas comme dans l’autre, l’artiste court le risque soit de diffuser, bien inconsciemment, l’insidieuse idéologie d’une « vision photographique » (point de vue unique et discrimination de l’information au moyen d’un cadrage sélectif), soit de s’assujettir à une pratique artistique tombant sous le coup de l’impératif d’échapper à la « vision photographique » en procédant à une critique en bonne et due forme d’une telle « vision ». Mais là encore, ça n’est pas sans courir le risque de se trouver en train de réduire la pratique de l’art à la stricte pratique d’une critique. Telles sont grosso modo les grandes lignes du débat à travers lequel les discours tentent de théoriser une pratique artistique de la photographie.—Sylvie Readman a su échapper à l’académisme d’un tel débat en précisant d’emblée son champ de travail. La photographie est un procédé de réplication mécanique qui se déploie dans un intervalle de temps très précis. Entre le moment où l’obturateur s’ouvre et se ferme, une image duplique ce que le photographe a vu à travers le viseur. Sylvie Readman bouleverse cette règle en s’en donnant une autre : Entre le premier déclic et l’image finale, l’artiste s’autorise d’autres prises de vue sans réarmer l’appareil, et dans l’intervalle de deux prises de vue, elle se donne le droit de bouger tout en conservant le même point de vue, ou plus radicalement elle en changera et surimposera ainsi différents motifs, ou plus radicalement encore elle appliquera des rotations déterminées à l’appareil sans changer le point de vue tout en se donnant des repères très précis.—Sylvie Readman redéfinit ainsi de fond en comble la prise de vue ; et le concept de « vision photographique », fondamental dans la théorie du photographique, s’en trouve très sérieusement ébranlé.—Reste la composition des motifs, les images, leur agencement, leur texture, le choix de les tirer sur papier chiffon à partir d’une imprimante à jet d’encre. Toutes ces décisions sont à évaluer depuis le renouvellement que Sylvie Readman applique à la prise de vue. Par exemple, il faut faire l’expérience de l’extrême précision que Sylvie Readman obtient dans les plus petits détails des images pendant que l’ensemble apparaît commandé par un désir d’immatérialité et de fluidité pour comprendre combien la conséquence la plus manifeste d’un tel renouvellement est la possibilité d’une coexistence de textures spécifiquement photographiques, comme la netteté et le flou, que les discours sur la photographie ont pris l’habitude d’opposer pour étayer leurs théories du photographique.

—Jean-Émile Verdier