Bleu somnolence : 33 %

Mathieu Grenier

Bleu somnolence : 33 %

  • Exhibition
© Mathieu Grenier

Multidisciplinary artist, Mathieu Grenier completed a bachelor's degree in visual and media arts at the Université du Québec à Montréal and a master's degree in visual arts at the University of Texas at Austin during which he participated in an exchange program with the Royal College of Art in London. Conducting research on hybrid forms of installation and photography, he highlights the concept of architecture introduced into his images as well as that specific to the exhibition space. In 2014, he received the Charles Pachter Prize for Emerging Canadian Artists from the Hnatyshyn Foundation. Represented by the gallery Blouin | Division, his work has been the subject of individual and collective exhibitions in Canada, the United States, France and the United Kingdom.

Website of the artist
Blouin | Division website

19 January 2023 to 4 March 2023

La Galerie B-312 a le plaisir d’ouvrir sa saison avec Bleu somnolence : 33 %, la nouvelle exposition de Mathieu Grenier. L’artiste présente deux corpus d’œuvres s’inscrivant dans la suite des explorations entreprises pour son exposition Screen Fade1. Il poursuit son travail de revalorisation de déchets électroniques en récupérant, démontant et exposant les composantes de téléviseurs LCD arrivés à leur fin de vie utile.—La série Crystal Gazers se compose de collages numériques imprimés directement sur les écrans LCD. Par un auto-référencement à la culture numérique et à la fabrication de ses images, elle informe sur ses transformations et ses pertes. Captures d’écrans, fenêtres de travail de traitement de l’image, glitchs colorés, site d’enfouissement, guichet automatique, les photos révèlent à la fois notre surconsommation des images et de leurs dispositifs technologiques qui sont toujours à renouveler. Elles témoignent également d’une certaine déshumanisation dans notre rapport aux écrans.—La série The Monitors résulte d’une technique chère à l’artiste, le cyanotype. Un des grands avantages de ce procédé photographique rudimentaire est que la surface de l’image n’est limitée que par celle du support préparé. Elle permet d’effectuer des photogrammes de grand format où la représentation de l’objet s’effectue par contact, dans leur taille réelle, tout en attestant de leur processus de fabrication. Les cyanotypes renvoient aux objets qui les ont produits alors que le référent est absent, qu’il a disparu. Le photogramme pose la question de l’image puisqu’il ne se substitue pas à la chose, il ne représente plus sa réalité première. Ici, les téléviseurs sont dissociés du monde dans lequel ils évoluent. Ils ne donnent plus accès à aucune autre information visuelle que la brutalité de leurs composantes désassemblées, étalées et exposées.—The Monitors, bien que toujours constituée de tirages en cyanotype, se démarque cette fois-ci par l’absence de la couleur bleu de Prusse. Une des particularités de cette méthode est que le pigment, qui n’est pas présent lors du couchage de la solution photosensible, se synthétise au moment de l’insolation. Le bleu est donc à la fois substance et couleur ; il définit sa matérialité. Pour arriver à changer cet aspect intrinsèque au procédé, Mathieu Grenier a dû soumettre ses épreuves uniques à des transformations chimiques sans retour en arrière possible. Réalisés sur tissu, les cyanotypes ont été baignés dans diverses solutions pour les décolorer, les teinter puis les stabiliser afin d’obtenir cette bichromie en noir et blanc.—Avec Bleu somnolence : 33 %, Mathieu Grenier pose un regard critique sur notre rapport aux technologies, à leur obsolescence et joue avec une certaine temporalité anachronique des images. À voir, jusqu’au 4 mars, dans les deux salles de la Galerie B-312.

ISABELLE GUIMOND

1 Présentée chez Blouin | Division du 29 mai au 14 août 2021.</